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Le voyage d'Ord-Rell

créé par Ordrell le 12 avril 2019 à 13:24.
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Ordrell
Survivaliste

Dans le ventre du Lion - Part IV



J’ai eu plusieurs fois à faire avec ces types qu’on appelle des Chevaucheurs de métal. Ils ne sont pas toujours évidents à éviter. Alors ça m’est arrivé de remporter un combat, et d’autres fois de le perdre.
Difficile à l’avance de prédire si on va s’en sortir ou non. Ça dépend de la manière dont on s’est préparé, de la force dont ils disposent, et de beaucoup de chance.


Tout le monde s’était figé et regardait vers leur vigie qui pilotait les engins de surveillance.
- Décris-nous clairement ce que tu vois, lui demanda Cobalt.
- Trois engins. Au niveau de la placette au sud-est, tu sais là où ya le grand mur de briques rouges. Un Trotteur et ses deux ailiers Harceleurs. Une bannière.
- Laquelle ? demanda Cobalt toujours.
- La Roue Noire. Et jcompte… au moins 5 personnes. Ils sont à l’arrêt, leur Trotteur a l’air en panne…
- Bien, ça c’est plutôt une bonne nouvelle, commença Cobalt mais elle fut vite interrompu à nouveau par Pika.
- Et merde… ils ont un Tisseur de toile.
Rell les regarda en grommelant.
- Putain j’ai rien compris à votre charabia…
Cobalt ne répondit pas, elle réfléchissait. Ce fut Jean-Noël qui vint à son secours.
- Les Trotteurs ce sont leurs engins de combat de taille moyenne. Correctement armé, ils ont un équipage de plusieurs personnes en général. Me demandes pas à quoi ça ressemble, il y a absolument de tout comme machin hybride dégueulasse. Les Harceleurs se sont les engins légers monoplaces qui les escortent, ils sont plus rapide et encadrent les proies qu’ils chassent.
- Parce qu’il y a plus gros ?
- Ya plus gros…
- Merde ! lança Pika à la volée. Ils m’ont repéré ils me tirent dessus.
- Évacue le Seeker ! Lui ordonna Cobalt. On n’a pas besoin d’en perdre encore.
- Vous en avez déjà perdu ? Demanda à nouveau Rell.
- Deux oui, et on ne sait pas les réparer.
- Et c’est quoi Tisseur truc ?
Ce fut Pika qui reprit la suite, bien que toujours concentré sur son pilotage pour se sortir de là.
- Un appareil de communication.
- Sérieusement ?
- C’est très rudimentaire. Ça émet un signal, ou ça en capte un et indique une direction. Les chevaucheurs voyagent en petits groupes et couvrent de grandes distances. Quelques uns ont des Tisseurs de toile avec eux. Quand un de ses groupes trouvent une proie trop importante pour eux, ou avec un gros butin, ils appellent des renforts. Tous les chevaucheurs de la région convergent pour la curée. Ils sont reliés comme ça, formant ainsi une immense toile de chasse… Tous les autres individus la traversant n’y sont que des proies.

Rell regarda le jeune homme dans son nid, se mettant à réfléchir comment il pouvait être aussi bien informé des détails de fonctionnement d’un ennemi public reconnu. Mais il saisi aussi que ce qu’on lui avait annoncé comme de simples pillards du désert étaient plus organisés que prévu.
Râlant dans son siège Pika reprit la parole.

- Hmm ! Ya un Harceleur qui s’est détaché et me suit !
- Fais le tourner en bourrique. Voir amène-le vers la zone rouge.

Le jeune opina aux consignes de Cobalt. Il savait très bien comment se déplacer au dessus des ruines et ennuyer son adversaire cloué au sol et gêné par les encombrements de débris.
- Ouai comptes sur moi.
Rell soupira.
- Une zone rouge maintenant. Jamais entendu parler de ça.
Cette fois Cobalt lui répondit de manière un peu plus agressive, sous le stress.
- Il y a bien des choses que tu ne sais pas Ord-Rell, c’est pas le moment de poser des questions.
Il grimaça et braqua ses yeux sur elle pour lui répondre de façon acide.
- Je vois ça. Mais c’est rarement le moment de te poser des questions visiblement.

Il en avait assez de ces secrets. Malgré plusieurs jours avec eux, il semblait qu’il n’avait accès à rien. C’était un manque de confiance, ils se méfiaient encore de lui ? Ou Bien ce qu’il y avait à cacher était si grave que peu d’entre eux le savaient ? Il regarda le visage des autres, certains dont Ophélie le regardait avec compréhension. En effet il n’était pas le seul à ne rien savoir…

Deren revint auprès d’eux avec des armes, Rell ne l’avait pas vu s’absenter. Il y avait des armes de corps à corps, mais aussi des arcs, et des bombes artisanales. Cobalt semblait avoir fini de réfléchir et les regarda tous.

- On va profiter que Pika maintient à distance l’un d’eux. Les sorties des sous-sols les plus proches de leur position sont les 4 et 7, on va faire deux groupes et les attaquer par surprise en tenaille. On frappe avant qu’ils ne puissent répliquer de préférence. Pika t’as vu quoi comme arme ?
- Tourelle triple harpon câblé moyenne portée, et fauche-lance de 1 mètre sur le Trotteur. J’ai pas bien vu pour les autres, probablement des fauche-pieux entre 20 et 50 comme souvent.
Rell devina qu’au nom, ces armes semblaient similaires en concept à son fusil lance-lime, mais en calibre plus imposant. Cobalt opina doucement.
- On se charge en priorité de l’équipage du Trotteur.

Ils s’équipèrent d’armes et Rell prit les siennes cette fois ci. S’il avait bien compris, ils n’avaient pas vraiment droit à l’erreur, car si les Chevaucheurs les détectaient en les considérant comme proie juteuse, et envoyaient un signal aux autres, toute une flopée de pillards arriverait et ils ne seraient jamais de taille.
Une seule personne resta avec Pika au camp, tous les autres entrèrent dans les souterrains, avançant dans les boyaux sombres, éclairés par leurs lampes de poche.
Le groupe de la précédente expédition se reforma pour aller à droite dans un boyau, le reste formant le second groupe qui parti à gauche, chacun devant émerger de part et d’autres des adversaires. Rell suivit mais il en voulait toujours à Cobalt. Quelques centaines de mètres plus loin, elle s’arrêta et montra une échelle de la main, en silence. Le coup de feu allait être lancé dans quelques minutes.

*
* *


Un pan de mur éclata, projetant des débris un peu partout. Rell rampa pour se sortir de la zone, allant se positionner un peu plus loin. A quelques pas de là, Ophélie était cachée, elle se montrait de temps en temps pour tirer à l’arc. De l’autre coté il voyait Cobalt, légèrement en hauteur à un étage. Il ne voyait pas les autres, ils étaient tous dispersé. Et ça ne se passait pas comme prévu.
Dès les premiers tirs, les chevaucheurs avaient fait preuve d’une redoutable réactivité. L’élément de surprise avait foiré car ils en avaient blessé qu’un seul gravement. Ils avaient tous grimpé dans leurs engins et s’étaient mis aux armes. Le Trotteur et ses armes lourdes était vraiment handicapant pour le petit groupe d’assaillants. Comme prédit ce truc était affreux. Un avant de camion greffé à un arrière d’hélicoptère. Sauf qu’au bout de la queue, au lieu d’empennage et d’hélice il y a une plateforme avec la tourelle à harpons.
Mais ils avaient au moins l’avantage d’être dispersé et plus nombreux, donc plus dur à cibler.
Rell fit une roulade dans la poussière et épaula son fusil, il visa au mieux et tira une lime qui fendit l’air, allant se loger dans la carcasse du Harceleur. Trop bas. Il se remit à couvert immédiatement.
Les bruits des tirs, bien que différent des armes à feu, les ruines et le sable lui firent remonter des souvenirs…

Quelque part au proche-orient.
Il court dans le sable accompagné de ses congénères, passant d’un bâtiment à l’autre. Son treillis est couleur sable pour la mission. Y est accroché un emblème fait de deux hippocampes en opposition, encadrant un blason bleu au sabre d’abordage et au mousquet croisés. Un de ses collègues force une porte avec le pied, derrière des civils sont entassés dans un coin, on leur fait signe d’évacuer.
Ils poursuivent leur avancée dans le village quand des tirs éclatent. Rell épaule son fusil mitrailleur et tire, se joignant au staccato du combat qui empli l’air.


Un énorme bruit lui fit revenir à lui. Un pieu de près d’un mètre vint s’écraser dans un mur non loin, le fracturant. Petit à petit, leurs abris s’amenuisaient.
Ils venaient de tirer, il fallait du temps pour recharger. Rell pivota pour les avoir à nouveau en vue, ajusta son tir d’après le précédent et appuya sur la gâchette. Deux limes filèrent et fauchèrent un adversaire. La tourelle s’orienta vers lui, il plongea sur le coté. Dans un fracas, un harpon défonça le mur et se ficha plus loin. Un filin métallique pendait derrière qui se tendit peu de temps après et suffisamment vite pour trancher un membre qui se serai trouvé là par hasard. Puis le câble tira le harpon en arrière, le délogeant et le faisant tressauter dans tous les sens, le ramenant vers sa rampe de tir. Un autre harpon avait visé Ophélie à coté et manqué de peu.
Il se tourna et regarda vers le haut Cobalt qui tirait avec son propre fusil.

- Cobalt ! Faut se débarrasser de cette tourelle ! Et vite !
- Ça va arriver !

Et en effet, peu de temps après une explosion retenti. Jetant un coup d’œil, Rell vit que la plateforme au bout de la queue d’hélicoptère se réduisait à un amas de métal. L’autre groupe à l’opposé avait profité qu’elle ciblait cette direction pour lui envoyer une grenade artisanale.
Mais son autre arme restait opérationnelle.
L’autre engin était toujours là et essayait de tourner sur lui-même pour tirer un peu partout. Il tenait du mixte entre quad et buggy, avec deux longues antennes de trois mètres à l’arrière, ainsi qu’une bannière rouge barrée de blanc en diagonal vers la droite, avec une roue cranté de long piques noire au milieu.
Ils essayaient tous de lui tirer dessus avec les flèches mais elles rebondissaient pour la plupart sur les armatures métalliques qui encadraient le pilote.
C’est ce moment que choisi un autre engin pour rentrer en scène. Un autre harceleur léger bondit en pétaradant sur la place. Etait-ce celui qui avait été écarté momentanément par le Seeker ou bien encore un autre ? Il ressemblait à une grosse moto avec d’énorme roue. Son bloc moteur large était relié à deux longs tubes d’échappement de part et d’autres, autrefois chromé, maintenant piqueté de rouille, et qui crachaient une épaisse fumée grise. Il se mit à tourner rapidement sur la place, à l’avant une gueule rotative crachait de la mitraille de partout. Les petits éclats crépitèrent sur tous les murs, rebondissant, cherchant leur cible au petit bonheur la chance. Rell se mit à plat ventre et se couvrit la tête. Il se senti éraflé en plusieurs endroit sans gravité. Mais il était cloué au sol. L’engin pétaradait toujours. Quand le crépitement des mitrailles s’arrêta, la place était envahie de cette fumée grise et âcre. Elle les fit tousser et bloquait la vue. Il ne voyait pas bien comment ils pourraient y arriver dans ces conditions, et sans vraies armes et équipement de combat digne de ce nom. Il ne savait même pas comment se portaient les autres, il n’avait de vue que sur les deux qui lui étaient le plus proche présentement. Et même là avec la fumée il devenait difficile de les voir.

Mais l’espoir vint du ciel, quand il entendit les vrombissements caractéristiques suivit des sons de cornes électroniques, signal de se mettre à l’abri. Deux Seekers arrivèrent en passant au dessus d’une façade d’immeuble de quatre étages. Ils fonçaient le plus rapidement possible que leur permettait leurs petites hélices, c'est-à-dire pas vraiment rapidement. Arrivé au dessus de la place enfumée des pieux fonçaient au hasard vers le ciel, les tireurs au sol étant tout autant ennuyé pour viser. En même temps que l’un des Seekers voyait son ballon embroché et allait chuter, les deux engins larguèrent un objet chacun. Un ultime recours visiblement, car deux explosions suivirent, l’une sembla atteindre sa cible, l’autre du Seeker abattu ne tomba pas exactement où il faut, un flanc de la place s’embrasa et le grand mur et briques rouges s’effondra vers le centre.

Quand le calme revint, ils purent s’approcher et constater les dégâts. Le Trotteur avait été touché de plein fouet, et le harceleur contenant le Tisseur était enseveli en partie sous des décombres. Les derniers pillards vivant furent éliminé. La grosse moto était à l’arrêt, son pilote mort. Rell se précipita et attrapa le premier corps venu, l’immobilisant avec sa jambe pendant qu’il l’attachait.

- Attachez-les ! Avant qu’ils ne se relèvent !
Mais Cobalt lui répondit calmement, regardant l’épave du Seeker.
- Ils ne se relèveront pas.
- Comment ?
- Ils sont mort, c’est fini.
- Mais le reborn… insista Rell.
Ce fut Deren, approchant en tenant Pol qui était blessé, qui répondit.
- Il n’y a pas de reborn ici.
- Quoi ?
Rell relâcha le pillard et se redressa, abasourdit.
- Et vous nous dites ça après qu’on ai risqué notre peau ?
Cobalt croisa les bras et le regarda.
- Et qu’aurai tu fais si tu l’avais su, tu serais parti ?
- Peut être bien ouai ! J’en ai marre de vos secrets et vos mensonges ! Il avisa autour de lui, plus de la moitié des membres étaient blessés et pratiquement tout le monde au moins avec des estafilades et contusions sans gravité. Fronçant les sourcils il poursuivit. Ophélie ! Où est Ophélie ?

Il se dirigea vers l’endroit où elle se trouvait et la trouva étendue au sol. Se précipitant vers elle il vérifia qu’elle était encore en vie. Elle semblait juste assommée mais semblait aussi blessée à une jambe et à la taille. Il fit de son mieux pour la soulever malgré son poids et la ramena vers les autres. Il garda le silence, bouillonnant intérieurement et attendit qu’on ordonne de rentrer.
Plus le temps passait moins il avait envie de rester dans cette ville…
Ordrell
Survivaliste

Dans le ventre du Lion - Part V



Est-il préférable de bouger en ne sachant pas les éventuels dangers inconnus qui nous attendent, ou bien rester dans un endroit dont on connait les dangers qui sont une certitude absolue?


Rell se réveilla dans sa voiture aménagée, suite à un rêve qu’il n’arrivait déjà plus à se souvenir. Contre lui le corps nu d’Ophélie remua légèrement. Ils avaient décidé de profiter du moment, tant qu’ils le pouvaient, il n’y avait pas de mal à ça. Elle portait encore les bandages pour ses blessures. Ils étaient le surlendemain de l’attaque. Norim le troqueur était passé la veille dans les environs et trois personnes étaient allées à sa rencontre les bras chargé de produits à échanger. Tout le monde se remettait un peu doucement des dommages corporels subis. Pour certain ça prendrai plus de temps. Il tourna la tête vers la femme plantureuse qu’il prit dans les bras.

- Salut toi.
- Hm salut…

Ils passèrent un peu de temps à se réveiller en douceur, puis se levèrent pour s’habiller.
En sortant pour rejoindre les autres, l’ambiance était morose. Rell vit Cobalt dans un coin, soutenue par Deren, elle pleurait. Chacun faisait de petites activités sans grande motivation et en silence. Il eu envie de balancer ironiquement à la volée « dit donc quel plaisir de voir tant de bonne humeur ici ! Vous me transportez de bonheur là. » Mais il se retint, quelque chose clochait.
Ophélie parti chercher à manger et Ord-Rell resta là, demandant au premier venu.
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Jon est mort.
On lui désigna d’un signe de tête le wagon infirmerie au bout du hangar et il comprit alors que leur malade en sursit avait passé l’arme à gauche. Et comme il n’y avait pas de reborn…
Il grimaça et rejoignit Ophélie qui apportait le petit dej. Il l’informa à voix basse de la situation. Elle savait qu’il voulait partir et l’avait enjoint à faire de même. Il en avait informé aussi Cobalt la veille avant qu’elle ne parte voir le troqueur. Il s’était arrangé alors pour pouvoir partir convenablement avec du matériel.

Alors qu’ils mangeaient, Pol s’approcha de lui et lui dit discrètement :
- Viens dehors… Je vais te parler.
Rell le suivit alors et Pol se dirigea vers une des locomotives abandonnées, s’arrêtant au niveau de la cabine il s’assit sur le marchepied rouillé.
- Jpense qu’il est temps que t’en sache un peu plus. T’as raison on ne dit pas tout. Mais ce n’est pas pour vous faire du tord, c’est pour vous protéger et simplement aider au mieux les voyageurs sans qu’ils ne se soucient de choses qui ne les concernent pas vraiment. Enfin si on fait attention.
Ord-rell fit une moue et s’apprêtait à répliquer quand Pol leva la main pour l’arrêter.
- Nan, je sais. Laisses-moi reprendre depuis le début. Au tout départ il y avait moi, Cobalt, Phileus, et Jon. Nous sommes arrivés ici un peu comme n’importe qui, en voyageant. On est tombé par hasard sur ce lieu et on y a établi le bivouac pour la nuit. Puis on a commencé à explorer les environs, récupérer quelques bricoles, à revenir les stocker ici. Du coup on a un peu mieux aménagé une des voitures voyageur pour y dormir plus à l’aise. Phileus passait son temps à bricoler, pour nous faciliter la vie. Puis Deren est arrivé, on l’a accueilli, on s’est dit qu’on allait rester un peu là le temps de se préparer à partir. D’une chose à l’autre, à force de s’installer, améliorer l’environnement, le fait est qu’on s’était sédentarisé. Phileus a construit les Seekers pour permettre d’avoir une vision longue portée de tout ce qui nous entourait sans avoir besoin de partir à pied et donc ainsi cibler nos prochaines expéditions, mais aussi surveiller les passages des voyageurs. On a recueilli Pika qui était en fuite d’un groupe de Chevaucheurs. On l’a sauvé de ses poursuivants et il est resté. Puis d’autres voyageurs passaient de temps en temps.
Seulement au cours de nos expéditions, nous partions aveuglément partout en ville. Trop loin. Ce qu’on appelle la zone rouge maintenant est le plein centre de la ville, où la bombe a frappée. On ne l’a su que trop tard mais les radiations y sont encore trop élevées. Mortelles même. Phileus est tombé malade suite à une sortie là bas. Des brûlures ont commencées à apparaitre sur son corps, il vomissait, était très faible. Il avait des phases de douleurs entrecoupées de phases amorphes où il ne pouvait plus bouger et respirait à peine. Il a mit deux semaines à mourir. Et il n’a pas reborn… Le problème c’est qu’on n’a pas compris dessuite ce qui se passait. D’autres, parmi les voyageurs qui passaient, sont allés en zone rouge, plus ou moins loin. D’autres sont tombés malades. Finalement ce n’est que récemment, avec la sortie de Jon, et à son tour son irradiation qu’on a vraiment saisi le problème. On a peut être été un peu con, mais on ne connaissait pas les lieux. Pourquoi un endroit plus qu’un autre ? On a délimité une zone approximative où nous n’allons plus désormais. C’est vers le nord-ouest, donc ne part pas par là déjà. Donc oui, nous sommes dans une zone sans reborn, peut être c’est la radiation élevée qui bouffe tout. Ici au camp on ne tombe pas malade mais qui sait plus tard ?
- Pourquoi ne partez vous pas ? Reprenez la route ! Vous allez mourir à petit feu à rester ici…
Pol secoua la tête.
- Nous sommes trop enracinés maintenant, on a nos petites habitudes. Les ruines révèlent encore largement de ressources exploitables ou vendables aux troqueurs. Regarde autour de toi. Nous sommes bien installé malgré tout, admet le. Et on offre un refuge à tous les voyageurs de passage. Ils sont des dizaines à être venu. Nous sommes dans une position centrale de plusieurs axes de voyages. Si on s’en va, on les laisse vulnérable aux Chevaucheurs, et on les prive d’un petit havre où ils peuvent se ressourcer quelques temps avant de repartir. Où serais-tu si on n’avait pas été là pour te soigner ?
- Hm jpensais que j’aurai reborn et voilà ça aurai fini comme ça, j’aurai recouvré ma force.
- Sauf que tu étais ici à Lyon, tu serai mort totalement en étant hors couverture, à cause d’une simple vilaine blessure. Tu veux qu’on laisse prendre ce risque aux autres ?
- Hmpf… jcomprend. Mais tu comprends aussi que ça va être mon tour de décider de partir… Je ne peux plus rester ici. J’ai besoin de bouger. Et après avoir apprit tout ça…
- C’est normal… La plupart des voyageurs, comme je te l’ai dit, ne sont au courant de rien. Ils arrivent, repartent quelques jours plus tard, et tout le monde est content. Mais les circonstances ont fait que tu as creusé un peu plus, jte devais bien la vérité.
- Merci Pol… Et pour ce que vous faites malgré tout. Et ça va aller pour Cobalt ?
- Elle se sent fautive. C’est un coup dur pour elle. Mais elle est forte, ça finira par aller…

Rell opina et prit congé, allant continuer de rassembler quelques affaires dans sa voiture chambre. Puis quand on annonça qu’un petit groupe allait retourner sur la place du combat, il se joignit à eux.

*
* *


Ord-Rell arrivait sur la place accompagné de Suif et Deren. Sur zone était déjà présent Pika, qui pour une fois avait quitté son abri et était penché sur la mécanique de cette grosse moto. Pendant que les autres allaient inspecter les autres épaves pour récupérer des pièces, Rell rejoignit Pika.

- C’est en état de marche ?
Le jeune opina, les mains dans la graisse, à refixer une durite.
- Ça va. Abimé, mais ça va, ça tiendra un peu. J’ai entendu dire que tu partais.
- Hmhm.
- C’est pour toi qu’on m’a dit d’la vérifier c’est ça ?
- Ouai… Si j’arrive à monter c’t’engin, ça m’aidera beaucoup. Malgré tout même si je part, vous êtes encore bien généreux je trouve. Mais il n’empêche que je trouve ça con que vous restiez ici… Vous savez que vous risquez votre peau… Vous vous enfermez dans un putain de cul de sac.
- On la risque aussi dehors notre peau, mais différemment. Chacun son truc.
Il souffla sur une pièce, regarda au travers et la remis en place avant de rajouter.
- Hey mec, oublies pas. C’est pas parce que tu seras monté comme eux que les Chevaucheurs vont t’éviter s’ils te voient. T’es seul. Ils essayeront de savoir pourquoi, et viendront te le demander. Et évidemment t’auras pas la bonne réponse.
- Hm je sais…
- Évite-les quand même. Si tu dois t’arrêter en urgence et te cacher, pose un linge humide, si tu peux, sur les pots d’évacuation, ça étouffera un temps la fumée résiduelle. Jt’ai mis deux trois trucs pour t’aider aussi tu verras. Par contre t’as pas d’arme, à part si tu retrouves des conneries comme mitraille pour recharger la réserve.
- Merci. Au pire, jpeux toujours espérer tomber sur un Chevaucheur sympa, qui souhaite se repentir et changer de vie,… comme toi.
Pika resta interdit quelques secondes et acquiesça doucement.
- Ne compte pas trop là-dessus quand même.
- Heu au fait, ça roule à quoi c’machin, en carburant ?
- C’est une thermo-chaudière à vapeur.
- De la vapeur ?...
- Oui comme les Seekers, et la plupart des engins. Mais les thermo-chaudières sont bien plus efficace que les technologies à vapeur d’il y a plus de 500 ans. Bref… charbon, ou thermo-bûche. Il en restait une dans le paquetage arrière. Plus ce qu’il y a actuellement dedans.
Rell ouvrit la sacoche accrochée à l’engin pour regarder la bûche de bidules combustibles agglomérés serrés.
- Ça ? C’est fait avec quoi ?
- Des trucs combustibles, de la poussière de charbon, sciure de bois, et des machins additifs je ne sais quoi pour améliorer la combustion et la faire durer. Certains troqueurs itinérants vendent du combustible pour les machines.

Rell resta encore un moment avec Pika, qui lui expliqua le fonctionnement de l’engin, afin d’éviter de foncer dans un ravin ou de se manger des cactus à toute allure. Après une bonne heure passée sur les lieux, ils rentrèrent au camp et Rell passa y sa dernière soirée.

*
* *


Il avait fait ses adieux à tout le monde, et chargé son paquetage autant qu’il le pouvait, l’installant sur la moto. Ophélie, Pol et Suif l’avait accompagné jusqu’à la place d’où il allait partir. Un Seeker les survolait en vrombissant.
Pol le salua une dernière fois.
- Jte souhaite bonne route, et que tu puisses trouver ce que tu cherches.
- Merci Pol, bon courage à vous ici… Et s’il vous plait, si vous tombez malade, dégagez de la zone pour espérer avoir un reborn.
- On essayera oui, si le malade est transportable.
Suif s’avança avec un objet caché sous un tissus.
- Tiens, c’est pour toi, j’espère que ça fonctionnera. Je l’ai bricolé moi-même.
Curieux, Rell prit l’objet et regarda un peu dessous.
- C’est quoi ?
- Un hydrocondensateur, du moins j’espère. C’est pour avoir de l’eau avec l’humidité de l’air.
- Voilà qui me parait bien utile… Merci ptit.
Il opina avec un sourire et laissa la place à Ophélie.
- Bonne route. Et fais attention.
Il lui prit la main brièvement.
- Toi aussi. Peut être on se recroisera un jour au détour de nos vadrouilles.

Rell abaissa ses googles sur ses yeux et mit en route la moto, qui claqua et pétarada en envoyant un nuage de fumée, la machine tremblotant de partout. Il avait un peu l’impression d’être assit sur une bombe, ou un truc qui allait se décomposer d’un moment à l’autre et l’envoyer valdinguer, mais il ne dit rien. Les autres s’écartèrent et il leur adressa un dernier signe avant de pousser les gaz. La moto bondit un peu, hésitante et ondulante à droite à gauche, avant qu’il ne maîtrise mieux la trajectoire et la vitesse pour partir en douceur au milieu des ruines dans les rues encombrées de poussières et débris.

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CyberTown, fin des travaux de rénovation des gares.
Ord-Rell est pendu comme une araignée à son fil à une poutre près du plafond de la gare du pénitencier. Les enchevêtrements de poutrelles en voute autour de lui, il était face au mur de briques. Il était dans un recoin qui n’avait que peu de visibilité depuis le sol, pourtant il trouvait cet endroit idéal. Sortant de son sac la bombe de peinture rouge, il la secoua quelques temps puis plaça le pochoir contre le mur. Activant la bombe, il grapha comme dernière signature la tête de lion rugissante de la tribu du Lion dans ce recoin qu’il était le seul à connaître.
En leur mémoire, ainsi il avait mis au couleur de la tribu, le rouge, toute cette gare. Précisément celle du pénitencier, eux qui avait choisi volontairement de rester enfermé dans un lieu qui serait leur prison mortelle, mais gardant l’illusion d’être un havre pour les autres, et un point de départ pour la poursuite de leurs voyages.
Ordrell
Survivaliste
Stormbringer

Parfois il est étonnant de voir que dans un monde qui a perdu son socle culturel, il y en a toujours pour reforger des croyances diverses et variées, qui peuvent être bien absurde. Mais est-ce plus absurde qu’une personne mystique invisible omniprésente qui créé l’univers en quelques jours et insuffle la vie dans une vierge pour donner naissance à un prophète qui distribue du pain et marche sur l’eau ?
Toute croyance n’est qu’un emballage, plus ou moins crédible, autour de valeurs qu’on veut faire sienne. Encore faut-il les comprendre.


Rell arrêta sa moto en lisière d’une villa en ruine. Tout était silencieux autour une fois le moteur coupé. Il descendit et ouvrit un compartiment pour observer ses réserves, il avait déjà balancé la thermo-bûche dans la chaudière et il n’en avait donc plus de réserve. Après quelques jours à rouler, il allait finir par tomber en rade. Il était remonté vers le nord puis l’est. Où il était précisément il n’en avait aucune idée. Il tapota sur le petit appareil fixé à l’arrière de la moto, l’hydrocondensateur de Suif. Une goutte tomba dans le réservoir. C’était pitoyable. Finalement ça marchait pas très bien son truc, mais l’intention était louable.
Ord-Rell se saisi de son arme et se dirigea vers la villa. La porte était défoncée, le toit effondré du coup l’intérieur était un chaos de débris et d’objets divers qui remplissait avant la maison. Il fit le tri, essayant de dénicher des morceaux de bois pour sa chaudière. Quelques allers-retours plus tard de la maison à la chaudière, il tomba sur une étrange plaque de bois rongée à laquelle était fixée une épée. Longue, d’un métal noir, couverte de runes décoratives, et piquetée de rouille. Une petite plaquée dorée gravée indiquait Stormbringer. Il la décrocha du support pour faire quelques moulinets avec. Mais il n’était pas vraiment habitué au maniement d’une épée, et il n’était pas sur que celle là tienne longtemps à un vrai combat. Cela dit ça pourrait peut être faire malgré tout un objet de troc, alors il ramena l’ensemble à la moto pour la déposer dans les sacoches.

Un vent commença à se lever, hurlant dans la plaine sèche. Au loin s’amoncelaient les ombres noires dans le ciel qui prédisaient un orage.
Prenant une petite pause pour manger un morceau, il regarda l’épée d’un air pensif. Un rayon de soleil donna un drôle de reflet sur la lame avant qu’il ne disparaisse couvert par les nuages. Relevant les yeux, Rell s’aperçu qu’ils s’étaient rapproché beaucoup plus vite qu’il ne pensait. Un roulement de tonnerre se fit entendre plus loin. Il se redressa, claquant des mains pour se débarrasser des saletés, et grimpa sur la bécane, avant de la mettre en chauffe… Petit problème de ces engins, ça ne démarre pas au quart de tour surtout après une pause. La chaudière devait partir doucement avant d’être prête à alimenter le moteur. Et pendant ce temps le rugissement de l’orage approchait encore. Quand le voyant indiqua que c’était prêt, il fit rentrer la vapeur dans les pistons et bondit en avant. Les premières gouttes de pluie l’atteignaient. La moto avalait le sable, poursuivit par le rideau noir qui tombait sur la plaine. Le ronflement de plus en plus fréquent du tonnerre gagnait en intensité à ses oreilles. Fuyant le front orageux Rell se mit à sourire. L’image était presque digne d’un vieux bouquin épique chevaleresque. Pour la peine il se saisi de l’épée et la brandit en avant, en riant, comme un chevalier sur son destrier poursuivit par la colère d’un dragon. Les éclairs claquaient sur le sol en soulevant des grappes de poussière. Le dragon prenait en force. Tournant la tête en arrière, Rell reprit son sérieux, voir un air plus inquiet, quand un cône noir se forma entre le ciel et la terre, tel un doigt divin ravageant tout. Il poussa les moteurs à fond, pour s’éloigner le plus possible même s’il n’était pas encore dans la zone mortelle. Maintenant il valait mieux trouver un abri. Il évita quelques rochers sur sa route et se dirigea vers une falaise calcaire qui barrait la route. Mais c’était sa meilleure chance de trouver une grotte dans ce genre de roche, ce n’était pas la première fois qu’il y aurai recours. La pluie s’intensifiait et sifflait en touchant le sol, développant des petites volutes de fumées ci et là, de même que sur les habits de Rell. Elle n’avait rien de saine, elle était bien trop acide celle-ci.
Se pressant le long de la falaise, il fini par trouver un petit abri, tout juste un trou de même pas deux mètres de long, prenant quelques affaires il parti se réfugier, après avoir couvert vaguement la moto d’une bâche un peu trop courte. L’obscurité tombait et l’orage s’intensifiait. Poussant un peu de la terre avec ses pieds, il forma un bourrelet à l’entrée de son abri pour éviter que les écoulements ne rentrent.
Il y passa une nuit pas franchement agréable, à se réveiller régulièrement à cause de la tempête…


Le lendemain après un petit lézard grillé matinal, il se remit en route vers on ne sait où, au petit hasard des rencontres. Il ne tarda pas d’ailleurs à en faire une.
Au loin un véhicule était en mouvement. Il s’arrêta et se penchant sur son guidon pour déployer une petite longue vue et regarder au travers afin d’évaluer la menace, il vit une chenillette tractant une remorque. Sur celle-ci un mat souple s’élevait et portait des cordages où se trouvaient des guirlandes de drapeaux à prières bouddhistes multicolores et d’une bannière darchok en tissus rouge. De quoi être bien voyant de loin.
Alors qu’il se préparait à partir, l’autre alluma un gyrophare orange et on entendit l’écho d’un klaxon mélodique résonner deux fois. Ce n’était pas le comportement d’un chasseur envers sa proie, mais d’un troqueur itinérant qui appel un client.
Rell se redressa alors, faisant un signe, avant d’aller faire le tri dans ses affaires de ce qu’il pouvait proposer.
La chenillette s’arrêta à quelques mètres de lui et un troqueur typé asiatique en descendit tout sourire, allant ouvrir la bâche couvrant sa remorque.
- Salut ! Elric, c’mon nom. Bel engin. Hey où est le reste de ton groupe ?
- Je suis seul. Appelle-moi Rell.
- Ha ? Vous faites des patrouilles solo maintenant chez les chevaucheurs ?
- Nan, j’en suis pas un.
- Hoo ! Cool. Tu l’as piqué alors. Héhé. Alors de quoi t’as bsoin dis moi. D’carburant ? Il me reste une thermo-bûche.
- Ce serai parfait oui, j’en ai plus, je suis sur la réserve. à propos de chevaucheurs, yen a dans le coin?
- Yen a partout... Mais disons évites l'ouest j'y ai commercé avec un groupe hier.
- Bien... J’ai ça… et ça à te proposer...
Rell proposa son hydrocondensateur bricolé et l’épée trouvée avec son support. Le troqueur se figea en voyant l’épée et s’approcha en bondissant.
- Ho bon sang attend fais voir ?...
Il la détailla de prêt et on aurait dit qu’il allait s’évanouir.
- C’est Stormbringer !!!
Ord-Rell regarda l’épée, l’homme, l’épée. L’autre continua en parlant rapidement, excité.
- Où l’as-tu trouvé ? Comment ça se fait qu’elle est en ta possession ? Tu connais l’histoire de Stormbringer ?
- Heu…
Il n’eu pas le temps de répondre plus que le troqueur était lancé sur la suite.
- L’épée des Melniboné, détentrice de grands pouvoirs. Il est dit qu’elle absorbe l’âme de tous ceux qu’elle tue…
Pour conclure sa phrase, un nouveau roulement de tonnerre résonna au loin. Ce type est fou pensa Rell. Mais ça pourrai bien l’arranger alors il joua le jeu.
- Heu bien oui… Te raconter comment je l’ai eu… serait trop long. Mais je suis prêt à la négocier si tu as des choses intéressantes. Mais fais gaffe à pas te blesser avec du coup hm. Ce serai balo de te faire absorber l’âme.
- Je suis Elric… Elric ! Cette épée m’est destinée ! Poursuivit le vendeur avec de grands yeux hallucinés. Ils finirent par se porter sur Rell et il continua. Regarde dans la remorque, dis moi… heu, j’ai tout ce que tu veux.
Il ouvrit d’avantage sa remorque pour dévoiler d’autres affaires, et Ord-Rell fouilla dedans pour faire le tri de ce qui pourrai être utile. Pas de bol, ce n’était pas fantastique. Du carburant pour la bécane, un peu de bouffe, deux plaquettes de médicaments, des macrojumelles qu’il testa immédiatement pour apprécier le grossissement. Pendant que l’autre s’extasiait toujours sur la vieille épée en marmonnant des paroles et une ode à une Cymoril, Rell acheva son choix sur quelques babioles qu’il pourrait revendre plus tard à nouveau.
- Tout ça ça va ? Lui demanda t-il et le troqueur opina.
Retournant à la moto pour charger les affaires, Rell jeta un coup d’œil à l’asiatique qui avait retiré l’épée du support et la brandissait vers le ciel en psalmodiant des trucs. Complètement taré…
- Bien… Bonne route avec heu Stormbringer…
Ne prêtant pas plus attention au troqueur, Rell fit chauffer sa machine avant de se remettre en route, laissant l’autre à sa contemplation.

Au bout d’une demi-journée de route en plein désert, la moto se mit à pétarader drôlement. Ralentissant le rythme, il essaya de jeter un coup d’œil pour deviner d’où ça venait malheureusement quand dans une petite explosion une partie du moteur sauta, la moto s’arrêta rapidement. Jurant de tous les noms, Rell descendit observer le problème. Une inspection montra rapidement que certaines durites avaient été rongées par la pluie acide, et que certaines avaient craquées, entrainement l’explosion d’une chambre. Irréparable en l’état avec ce qu’il possédait. De rage il donna des coups de pieds dans la bécane et se mit à fulminer en tournant en rond. Revenant à la machine il essaya à nouveau de voir si c’était réparable mais renonça, ce n’était pas sa spécialité. Si Pika avait été là peut être il aurai su bricoler quelque chose et encore…
Dépité, il commença à décharger toutes ses affaires et à remplir les sacs pour les porter. Ça faisait lourd, le véhicule n’était pas utile que pour la vitesse mais aussi pour tout transporter plus facilement. Soupirant, il reparti avec son paquetage après l’impression d’une lenteur infinie, abandonnant l’épave aux éléments ou aux futurs pilleurs.
Ordrell
Survivaliste
Le chapeauté et le vapomécanicien – part I

Il y a des rencontres imprévues qui peuvent changer votre existence. Il y a beaucoup de malandrins dans les badlands et je n’ai pas toujours été clean non plus pour survivre. Néanmoins il existe encore des personnes profondément tournées vers les autres. C’est rare et ça surprend, on croit même qu’ils cachent une arnaque. Mais faut juste accepter que certain ne sont juste pas encore complètement pourri jusqu’à l’os.

Il la tenait entre ses bras, tournoyant doucement avec elle. Elle était splendide, une chevelure rousse soigneusement coiffée qui cascadait sur une épaule, et une robe de soirée magnifique. Lui dans son uniforme de parade bleu marine aux décorations diverses, une triple bande jaune sur le bas des manches. La salle de bal était pleine d’autres couples, tous les hommes en uniforme, se balançant au gré de la seconde valse de Chostakovitch. Elle sourit, lui aussi, la musique changea pour passer à la marche Radetzky de Strauss puis c’est toute la scène qui se transforma dans un tourbillon, les couples de danseurs s’évaporant, les murs disparaissant. La salle fit place à une autre, haute de plafond et richement décorée d’un opéra, prototype de Garnier avant qu’il ne construise son œuvre principale à Paris. De debout ils passèrent à assit à un balcon, les notes s’envolaient, mutaient et c’est la danse russe de Casse-noisette qui était en train de passer. Il regarda sa femme et son ventre arrondit, mais quelque chose dans le rythme de la musique le gène. Quoi que ce n’est pas tout à fait la musique, un petit claquement rythmique. L’opéra part en brume et tout s’envole quand il émerge du sommeil, tout souvenir s’effaçant comme une rosée après les premières heures du jour.

Le claquement est bien réel et Rell ouvrit les yeux.

Dans le trouble de l’éveil, il repéra une silhouette assise de l’autre côté du feu qui crépitait déjà bien pour un petit matin. Il sursauta et se saisi de sa lance pour la pointer vers l’inconnu.
- Guten Tag. Je pensais que tu n’allais plus te réveiller, fit celui-ci avec un fort accent allemand.
Il était en train de bricoler une petite arbalète avec des mécanismes, ayant déployé à ses aises une sorte de petit établi pliable, avec quelques outils et engrenages minuscules éparpillés dessus.
- T’es qui toi ? Qu’est-ce tu fais là ?
- Ne pointe pas une arme vers quelqu’un si tu n’as pas l’intention de t’en servir.
- Qu’est-ce qui te dit que je ne pourrai pas m’en servir là ?
- Pour quelle raison ? Si j’avais été un voleur ou un assassin, n’aurai-je pas profité de ton profond sommeil pour me servir de ce que je veux Ja ?
Rell le dévisagea, baissant un peu la pointe de sa lance. L’individu était plus âgé que lui, approchant surement la soixantaine, pourtant il était d’une constitution solide. Une veste en cuir brun par-dessus une chemise à carreau, et un long pantalon beige retenu par des bretelles. Il disposait de nombreuses poches annexes en cuir tenues par diverses ceintures à la taille ou en bandoulière. Un sac était posé à coté de lui. Ses yeux étaient gris clair derrière de petites lunettes au milieu d’un visage un peu usé par l’air sec du désert, et une barbe poivre et sel fournie et des cheveux un peu plus gris. Il releva les yeux de son travail pour considérer Rell.
- Je m’appelle Jürgen Schwenke. Et toi comment t’appelles tu ?
- Ord-Rell Kanagan.
- T’es américain ?
- Pas du tout… C’est breton.
Rell cilla, c’était sorti tout seul, comme ça, émergeant des méandres brumeuses de sa mémoire. Il reposa sa lance à côté de lui.
- Hmm intéressant. Tu viens de t’en souvenir Ja ?
Jürgen le dévisageait et avait perçu le trouble passager, et Rell opina, mais décida de ne pas s’attarder sur lui.
- Toi t’es allemand.
- Perspicace. Ruhrgebiet, Essen précisément.
- La Ruhr, jconnais juste d’nom.
- Il n’y a plus rien à voir désormais. La zone a été totalement dévastée par la guerre, elle n’est même plus fréquentable. Radiation, mauvais !
- Comment t’as survécu ?
Jürgen tapota sa tête.
- Je m’est servit de ma tête Ja. Il y a pas que les muscles pour survivre.
- Ça aide cela dit. Contre les chevaucheurs notamment.
- Des bourrins montés sur engin. Dummkopf, rien dans la tête. Facilement berné.
Il fut prit d’une quinte de toux, arrêtant son travail le temps de mettre un bras devant la bouche puis repris tranquillement.
- Tu salues toujours les gens que tu croises avec ta lance ?
- En général… Je suis prudent, quand je connais pas les gens.
- La méfiance engendre la méfiance, pas étonnant que tu récoltes des problèmes ensuite.
- Qu’est-ce tu m’emmerde avec ta philosophie ? Tu as du bien te faire défoncer si tu te pointe auprès de n’importe qui la bouche en cœur.
- Pas n’importe qui, seulement ceux qui semblent bon. Le choix se fait avant la rencontre. Observation Ja ?
- Tu m’observais ? Rell écarquilla les yeux, il en revenait pas d’avoir été suivit. Et depuis combien de temps était-ce ainsi? Sans qu’il ne l’ai remarqué en plus ?
- Ein bischen. Toi pas mauvais.
- Ravi de l’entendre…
- Que cherches-tu à faire ? Demanda l’allemand tout en commençant à ranger son établi.
- Comment ça ? Juste survivre. Je parcours les badlands et je vois ce qu’il reste.
- Alors dans ce cas nous avons le même objectif.
- Jpense que la survie est l’objectif de tout le monde. Seulement chacun n’a pas les mêmes méthodes pour ce faire.
- Genau richtig ! Exact ! On va pouvoir faire un bout de chemin dans ce cas.
- Hey, qui a dit que je voulais être accompagné papy ?
- A deux plus efficace, on va plus loin, répondit l’allemand en le regardant brièvement. Il avait un air serein et se mit à essuyer ses verres de lunettes.
- Tu vas me ralentir tu veux dire…
- Nein, et j’ai surement beaucoup de choses à t’apprendre.
Rell soupira, doucement exaspéré. Il n’allait pas réussir à se décrotter de ce vieux facilement apparemment. Même s’il n’avait pas l’air d’une menace, Rell n’appréciait pas trop qu’on imposa sa présence ainsi.
- Je n’ai jamais rien demandé moi.
- Natürlich, personne n’avait vraiment demandé la guerre et la destruction totale. Pourtant c’est arrivé Ja ? Faire avec maintenant. Tu sais te battre, je sais faire autre chose.
- Quoi donc ?
- Cherches donc, ou bien tu le verras bien assez tôt.
- Tu parles trop. C’est ça ton talent ?
Il se leva et s’étira, prenant ses armes et un sac en main ensuite et il se retourna à nouveau vers le visiteur.
- Vais aller chasser pour manger…
- Pas besoin restes donc là…
L’allemand ferma un clapet de son arbalète étrange, tourna quelques leviers et la pointa vers le ciel et un rapace qui tournait doucement. Visant un peu mais avec l’assurance de quelqu’un qui maîtrise, il appuya sur la détente et un carreau spécial parti à toute allure, suivit d’une cordelette qui se déroula. L’oiseau fut choppé au vol et tomba au sol dans un bruit mat. Toujours sans se lever, l’homme régla encore quelques clapets et l’enrouleur se mit à rappeler la corde tout seul dans un petit sifflement, trainant l’oiseau dans le sable jusqu’à lui. Il s’en saisi, et retira le carreau.
- Pourquoi chasser la nourriture si la nourriture vient à toi, Ja ?
Il lança l’oiseau à Ord-Rell qui avait suivit ça sans rien dire.
- Toi préparer maintenant. Après quoi Jürgen fut prit à nouveau d’une quinte de toux.
Secouant la tête et grommelant, Rell regarda l’oiseau et l’arme de l’autre.
- Pff… ouai…
Il se mit à plumer l’oiseau et le vider avant de l’embrocher au feu en gardant le silence.

Le repas matinal resta un peu plus silencieux, ponctué de quelques interventions du visiteur, auquel Rell répondait par le strict minimum.
Alors qu’il emballait soigneusement les restes de viande qu’ils n’avaient pas consommé pour plus tard, un bruit étrange le fit lever la tête. On eu dit un tac tac continu électronique et bouffé par des parasites.
- C’est quoi ce machin ?
- Ach !... Pas bon, dit l’allemand en se penchant sur son sac pour en sortir un appareil cubique muni d’un écran et qui émettait le bruit. Il le secoua un peu comme pour le défaire d’un bug alors que le bruit continuait. Il s’adressa ensuite à Rell.
- Des chevaucheurs arrivent. On doit partir maintenant.
Ord-Rell le regarda éberlué et pointa du doigt l’appareil.



- T’es sérieux ? ça détecte les chevaucheurs ce machin?
- Juste ceux avec les grandes antennes Ja.
- Les tisseurs de toiles ? Comment t’as eu ça ?
- Tisseur de toile ? ça s’appelle comme ça ? Même appareil que eux, récupéré. Sont toujours en émission basse même hors alerte. Alors j’ai bricolé pour capter signal aussi hors alerte.
Il s’était levé et rangeait ses affaires.
- Partir maintenant. Quelques kilomètres seulement.
Rell opina et organisa son rangement de bivouac. Il éteignit le feu et le camoufla sous le sable, et rentra toutes ses affaires rapidement. En moins d’une minute c’était fait.
- Toi efficace, organisé. Formation de soldate tu as ?
- Soldat.
- C’est ce que j’ai dit Ja.
- C’était il y a longtemps. Aller on bouge papy.
- Dans cette direction.
Jürgen indiqua le sens opposé de l’arrivée du danger. Pressant le pas en trottinant, le duo se remis en route.

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