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Ce qu'il resta de l'Homme - Izbel

créé par Izbel le 23 avril 2022 à 17:25.


Izbel
La voie des voix

https://youtu.be/GVjwJxYDJUA

C'est à l'aube du dernier jour de marche que les moteurs des quads s'étaient fait enfin plus distants. Les cris, hululements des chasseurs avides de sang frais, avaient cessés et alors qu'un soleil de plomb se levait sur les dunes, au loin, les deux silhouettes emmitouflées de guenilles voyaient au travers de leurs lunettes de fortunes un spectacle que même la plus si jeune Izbel ne s'était pas autorisée à imaginer.

Elle souriait, rictus de joie quasi hystérique masqué par les maints et maints turbans ramassé au grès de leurs pérégrinations, elle pointait d'un doigt ganté les colonnes de fumées noires à son compère, silhouette en arrière la dépassant d'une tête pour une carrure d'épaule presque double.


"Je te l'avais dis ! La terre promise nous attend !"

Stature bancale, pieds s'enfonçant dans le sable pour le faire rouler au pied des collines dorées, cela faisait maintenant plusieurs jours qu'ils fuyaient sans jamais avoir de répit, pour ainsi dire. Mais entendre ces créatures, résidus d'humanité, faire demi tour face à la vision proche du divin qu'étaient ces volutes noirâtres, s'élevant au ciel, avait été le dernier clou scellant le socle des croyances qu'elle avait monté sur leur chemin de croix.
Quelqu'un, quelque chose lui avait montré la voie, l'avait guidée ici au travers de la douleur et du doute, de la chaleur du désert. Ils étaient saufs. Elle avait réussi à être la porte parole de cette volonté quasi mystique durant ces dernières semaines. Elle les avait sauvés.




Submergée par l'appel furieux de son MIDA, elle devança de plusieurs mètres le pauvre homme qui lui avait couru après depuis tant de temps. Elle fit une dernière glissade, quelques pas, rangea son arme de fortune, couteau rouillé au manche rapiécé de diverses façons, et ouvrit les bras lorsque la porte l'invita dans l'enceinte.

Black out.

Une violente douleur tordis sa nuque, accueil maternel de l'IA rongeant la mémoire de sa dévote pour y implanter son bastion.

Il ne restait que la chasse, le désert, que son compère, et maintenant la ville. En soit...



Izbel
La voie des voix

~Ambiance ~
Un fin voile de poussière enveloppait le lieu comme les mantilles couvraient autrefois les cheveux des femmes. Par les vitraux, demeurés intacts malgré les tempêtes balayant la cité, filtraient de pâles rayons lumineux aux coloris d'émeraudes, d'améthystes et de roses.
Pétillants dans la douche d'éclats, des particules infimes s'élevaient vers les poutres soutenant la nef de la sainte bâtisse.
Derrière l'autel, une main en appuis sur celui ci, se tenait la voyageuse, montrant du doigt son maigre auditoire. Simplement constitué de son compagnon d'infortune, assis et bras croisés en contrebas du choeur de la demeure, au premier rang, le ton qui lui était adressé était à l'accusation sans pour autant blâmer, ferme sans se faire dur, porté par quelque chose de plus grand encore que l'écho de l'église abandonnée.




* * *

La seconde main se posa sur l'autel. La femme soupira, regard vers la pierre froide où se tenaient des bougies asséchées par les années.

" Alors la ville est sortie du sable, comme ça. Là où la moindre goutte d'eau est une denrée rare, là où la nourriture est un fantasme presque inaccessible, la ville aurait poussé, abritant une IA pouvant guider à elle les âmes errantes dans le désert. Cela n'a pas de sens."

Elle leva les yeux vers lui, tant en quête de réponses que de son absolution. L'homme au regard dans le vague répondit avec une hésitation, une inflexion de voix inhabituelle cachée par sa main venant gratter sa tempe.

"- Je me souviens... De la notion de miracles.
- De miracles ?
répondit celle dont les mains quittèrent l'autel.
- Un miracle, c'est... Une intervention de Dieu parmi les hommes.
- Dieu ?
fit elle alors que son visage prit un plis concerné.
- C'est... Ce en quoi on croyait, avant. Une sorte... De père. Le créateur de toute chose. Développa le jeune Marshall en cherchant ses mots."

Izbel se tourna alors, observant les vitraux d'un air grave, mains jointes en son dos. Après quelques secondes, tournant son visage de trois quart, elle rétorqua presque sèchement :

"- Quel genre de père laisse ses enfants mourir sous ses yeux ? Yzerne l'a dit, Dieu nous a abandonné.
- Et si... Il ne nous avait pas laissé tombé ?"



Le regard de rouille de la femme tomba au sol, en pleine réflexion avant de refaire face aux vitraux, stature droite dans la baie de lumière. Quelque chose se passa entre les murs. Une liaison indicible entre les voyageurs qui ensemble, venaient de soulever un point critique de leur raison d'être. Le silence demeura, faisant taire les échos chahuteurs des échanges passés, donnant aux mots, aux lieux, un sens particulier.
Sans doute étaient ils observés quelque part. Se moquait-on ou hochait-on d'un geste paternel, nul ne le savait. Mais quelque part, en l'âme d'Izbel, en l'âme de celle qui avait traversé le désert depuis les vertigineuses côtes normandes, cœur ardent de convictions, quelque chose s'était résolu et allait impliquer une machinerie plus fantastique encore.

"On va manger ? J'ai faim."

S'éleva une voix en arrière. La femme esquissa un sourire et hocha légèrement, tournant les talons et le dos aux fresques de verre.

"Allons y. Je te suis."
Izbel
La voie des voix

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Je me souviens, maintenant.



Une odeur de feu de fortune, se nourrissant de combustibles plus ou moins recommandables. Fragrance de plastique fondu, d'essence, de bois aggloméré se changeant peu à peu en cendres, je me souviens du halo de chaleur caressant tendrement mes joues.

C'était une soirée plutôt douce. Nous nous trouvions dans une ruine envahie par le sable. Petite bicoque battue par les vents et les tornades, nous avions pour seul toit ce soir là, la voûte céleste elle-même, étoiles luisant au loin comme milles et unes lucioles au delà du plafond effondré de la bâtisse.
On entendait parfois quelques insectes faisant vibrer leurs ailes dans un chant de solitude, accompagnant les doux crépitements de notre feu de camp en cette soirée à l'ambiance de fin des temps.



J'étais allongée, tu étais assis, à l'autre bout de cette pièce au papier peint délavé, rongé par les pluies acides, laissant entrevoir un béton devenu friable qui constituait autre fois l'essentiel des immeubles que nous habitions. Enfin, les habitions nous, ces immeubles ? Je ne saurais le dire. Sans doute est-ce encore trop tôt pour cela.

* * *

Tu aiguisais la lame de ton Nopin-L contre un gravas, couteau de survie que tu avais su tenir en bien meilleur état que je n'avais su le faire avec le mien. Je revois alors ton visage. Éclairé par les flammes dansantes, il avait un pli concerné, une mine grave. Oui, je me souviens maintenant, ce soir là était notre dernier en zone MIDA avant un moment.

Alors que je t'observais te préparer au pire, yeux mi clos, je sais que j'étais bien moins craintive que toi à l'idée de me défaire temporairement de mon immortalité. Sans doute, compagnon, ces attitudes contradictoires furent elles la raison de l'ambiance bien calme de cette soirée, ou ni toi ni moi, seules âmes humaines à la ronde, ne nous nous accordions mots.

Mais je me souviens alors, que j'entendis quelque chose se mouvoir dans mon dos. Hélas, étant si épuisée par nos derniers jours de marche le ventre presque creux, je n'en fis rien. Jusqu'à ce que le bruit se changea en respiration fébrile, en souffle saccadé dans ma nuque. Chaud, presque visqueux, entrecoupé de petit grondements à peine sonores ou bien de gémissements fébriles.



On tirait doucement sur mon baluchon que j'avais placé sous ma joue en guise d'oreiller. Sans doute craignait on de me réveiller, vu le peu de franchise dont faisaient preuves les tentatives de me le substituer.
Un autre petit coup, puis deux. Je te regardais avec des yeux ronds mais tu semblais ailleurs, préparant inlassablement ton maigre arsenal.

Encore une fois, puis une autre, dans un piaillement victorieux mon coussin de fortune se fit la malle et je me retrouva la tête dans le sable. D'une main je saisis ma lame rouillée gisant non loin de ma couchette, la pointa dans la direction du voleur en ayant à peine pris le temps de me rasseoir, pour simplement rencontrer, quelques mètres après le trou dans le mur auquel je faisais dos, un regard luisant.



Deux orbes d'ambres vertes brillaient dans le noir, soutenant ma vue dans quelques souffles sonores et gutturaux. Passées quelques secondes je discerna dans l'ombre, le propriétaire de ces globes hallucinés.

C'était un Coyote. Maigre comme un phasme, se tenant avec une drôle d'allure sur les immense cannes lui servant de pattes, la silhouette rachitique tenait mon baluchon dans sa gueule. Et à peine eut il compris que je l'avais vu qu'il disparu de mon champ de vision en quelques bonds, me laissant défaite de mes maigres bagages.

* * *


Je lâcha mon arme, reposa mes fesses au sol, et tourna la tête vers toi, hébétée et confuse de m'être ainsi faite prendre.
On s'échangea une œillade, tu compris visiblement car il me semblait voir tes traits se dérider l'espace d'un instant.

Je me souviens avoir soupiré, regardant au loin par delà la fente menant sur le désert. Sans doute l'animal venait il de gaspiller ses dernières forces : il n'y avait rien de comestible dans sa prise tant convoitée.

La nuit se passa sans encombre. À l'aube, je retrouva mes affaires éparses en contrebas de la dune. Quelques traces de crocs dans de la ferraille, des tissus partiellement ingérés puis vomis, plus de trace de la bête qui s'en est certainement allé mourir à l'abris des regards.

Lorsque tu arrivas à ma hauteur, tu fis face à la portion de sable face à nous avant de m'attendre.

C'était notre dernière ligne droite. Toi, tu n'en savais rien. Mais quelques jours plus tard, après avoir tutoyé la mort plus de fois que nécessaire, nous arrivions à la ville. Terre promise, Oasis dont l'appel m'avait guidé à ses portes, c'est autour d'un feu de camp, alcool égayant mon âme que je me souvint de cette drôle de soirée, celle où malgré toutes les infâmies que tu me conta plus tard,


Izbel
La voie des voix

C’était une douce soirée de Mayar. Eclairée par le firmament et les lampions artificiels de la belle Oasis, l’ouvrière était assise sur son coin de barrière tant aimé, celui qui symbolisait la fin d’une journée de labeur. Casquette de surplus militaire en arrière du crâne, lunettes de protection remontées au dessus de la visière, les deux binocles carmins soutenaient la fière étoile rouge qui y siégeait, en gage de protection avait dit une femme quelques nuits plus tôt. Ses iris, pignons rouillés sarclant les pupilles baladeuses faisaient les yeux doux à ce ciel finement brodé d’argent. Incroyable luxe, toile percée d’or et d’ivoire, ultime possession du voyageur qui n'a plus rien, comme chaque nuit depuis aussi loin que sa mémoire remontait, c’était vers elle qu’elle se tournait. Mais cette fois ci, c’était dans un calme retrouvé, visage écoutant dans un pli serein et affable les petites discussions futiles ruisselant dans le joli clos de fouille devant la mairie, où fleurissaient pépites dorées et branches de cuivre.

C’était lors d’une douce soirée de Mayar, à peine entamée, qu’un visage familier passa au loin. Chacun le salua en cœur, tantôt levant une main, tantôt décochant un geste de tête ou un sourire. Il y avait ça de bon, à l’Oasis, que l’Homme avait l’opportunité d’être autre chose qu’une bête apeurée lorsqu’elle croisait les siens sous les sibyllins faisceaux lunaires. Dans tous ces visages connus, du plus patibulaire au plus gracile, l’ouvrière y trouvait une raison de plus de se réveiller chaque matin. Tous étaient des survivants, crachés par le désert comme un coyote malade recracherait un bout de ferraille trop dur pour être consommé : gondolé, tordu, rayé et parfois si ce n’était pas le bon jour, brisé. Mais cette ferraille humaine, si rouillée et bourrée d’aspérité qu’elle soit, Izbel l’aimait profondément. Car c’était ce qu’il restait de l’Homme, du plus grand primate de tout les temps.

En la fin de cette banale soirée de Mayar, Izbel leva encore le nez vers les étoiles, observant la Lune sans savoir qu'un jour, un autre primate y planta un drapeau. Elle lui rendit grâce une fois de plus d’un fin sourire presque confiant, avant que ce ciel d'espoir ne vira à un blanc assourdissant, perçant la rétine et brûlant les tympans. Tout le corps avait vibré à l’unisson, crucifié de milles et un éclats de métaux ardents, tandis qu’un sifflement vrillait les oreilles comme tant de fois auparavant.



C’est une journée d’Awarel, sous le soleil menaçant des zones hors MIDA. Elle est allongée, à l’ombre d’une tôle effondrée, face à demi dans le sable et les gravas environnants. Près d’elle, un homme, tout deux souffles en suspend alors que des pas résonnent quelques centimètres au dessus de leur tête. Il y a des rires, monstrueux issus de gorges embrumées par l’alcool, les vapeurs d’essence et le sang. Ils sont peu, mais toujours plus qu’eux, car ceux là chassent en meute, même si il faut, pour entretenir leur petit plaisir malsain, débusquer des âmes isolées et désarmées.
Au rythme des pas sur la fine frange de métal, s’écoule une éternité où chacun a le temps de faire son testament à ce monde en ruine. On descendit de la tôle. Les pas s’éloignent, les vocalises morbides aussi, mais les deux survivants restent tapis dans l’ombre, parfaitement immobiles comme des animaux faisant le mort pour repousser les prédateurs. Ce qu’ils ne savaient pas encore, c’étaient que ces bêtes là tenaient plus du charognard que du vaillant traqueur des plaines. Ils se regardent, sans un mot, échangeant pourtant craintes et encouragements, entre sans doute quelques prières. Puis, il y eut comme un changement de pression sous l'abris. La tension immatérielle de l'adrénaline pulsant dans les veines avait alors une odeur, celle d'un gaz.

Sortie de nulle part, du tréfond de cette tôle déjà ardente d’être exposée en plein soleil, il y eut une détonation, légère suivit d’un souffle bref mais vengeur, ardent comme milles déserts, milles astres du jour, milles brasiers et milles soirée de Mayar sur la barrière. Les flammes courrent sous la tôle sans volonté de griller ce qui s’y trouve, comme lorsque l’on tape sur un meuble pour en faire déguerpir une souris terrorisée. Mais alors que les deux souris se hâtent vers la sortie, ventre à terre sous les rires gras venant de l’arrière, rongent le tissus des guenilles, les flammes affamées du sauvage qui sur eux les avaient lâchées.
Le flot des enfers s’était arrêtés. Le policier réformé cours en avant et la paria de l’abris est à la traîne. Elle s’est délestée de son carcan de flammes mais il est déjà trop tard pour son dos et ses jambes, qui avaient fondus et rougis, suintants un peu plus chaque seconde de ce que les grands brûlés ont de plus repoussant. Mais il était si drôle sans doute, de voir courir deux Humains mutilés vers le néant, perdu dans le dédalle d’asphalte que leur avaient légué leurs ancêtres.
Une fois à couvert, on ne sait trop comment, elle s’est allongée sur le ventre pour qu’à défaut de pouvoir bénéficier des nanites pour le moment, on l’embaume de ce que l’on avait de textile sous la main.

« Tu ne seras tranquille nulle part ahah ! » résonnait la voix dans sa tête, comme un écho sans cesse vibrant sous l'onde de choc peinant à se dissiper.

C’était une nuit de Mayar. Allongée sur un manteau en guise de table d’opération, on retirait de son derme l’aiguille d’une seringue médicale.

« Voulez vous que je vous conduise quelque part ? »


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